vendredi 1 septembre 2017

Vancouver, le Pacifique de sève et de sable

Le soleil commence à pointer son nez et me sort de ma torpeur. Le bus traverse les premières habitations de la banlieue de Vancouver. A 6h je suis déposé à la gare avec la quarantaine de passagers embarqués la veille. Dans le hall, en rempaquetant mon sac, j'observe une file se former devant un bureau de douane. L'embarquement du train pour Seattle. Très certainement une étape que je devrais passer plus tard. Mais pour l'heure, il est temps d'explorer la côte pacifique canadienne.


La première chose qui m'a frappé en parcourant à l'aurore une ville encore somnolente, c'est la présence de mouettes, l'océan est proche. J'arpente la première rue qui part de la gare et je débouche dans Chinatown. Un grand quartier, à l'image de la population asiatique de la ville. A vue d’œil, je dirais un habitant sur deux. Les européens ont peuplé la côte est nord-américaine, les asiatiques, eux, immigraient vers le nord-ouest, de l'autre coté de leur océan. Et ça se ressent dans le choix de restauration proposé en ville (chinois, coréen, japonais, vietnamien, malaisien...) Une ville assez cosmopolite, l'anglais est loin d'être la seule langue employée lors des conversations.

Une fois mon sac déposé à l'accueil d'un centre commercial, je longe le front de mer et mon oreille est soudain attirée par un vrombissement de moteur. Je tourne la tête et assiste à l’amerrissage parfait d'un hydravion. Ces petits engins ont accaparé un couloir de mer pour en faire une piste d'où ils se posent et décollent dans un balai bien rodé.


Ma promenade me mène à l'ouest de la ville, là où l'urbanisation cesse et où débute Stanley Park, un immense espace de verdure. J'aurais plutôt qualifié cela de forêt tellement la végétation est dense et haute. Une multitude de sentiers permettent de parcourir, à pieds ou à vélo, les bois et de découvrir clairières et étangs. Un vrai labyrinthe où l'on pourrait s'égarer. Je m'y suis d'ailleurs perdu. J'ai finalement débouché sur une plage généreusement garnie de plaisanciers. Les étendues de sable se succèdent sur tout le pourtour de la ville. Les pieds au bord de l'eau, on peut observer les montagnes légèrement enneigées au loin. Et hormis les fines tours à dominante de verre (pour capter au mieux la faible luminosité hivernale) de la petite presqu’île centrale, on n'observe aux alentours que des ensembles pavillonnaires noyés dans la verdure. Cette ville transpire la nature.


En face du centre, sous un immense pont, se niche la petite île de Granville. On la rejoint en traversant un semblant de rivière (baptisée assez justement la « fausse rivière » par ailleurs) en « aquabus ». On déambule dans l'ensemble de petits marchés artisanaux qu'elle abrite dans des constructions de bric et de broc. Un autre bel endroit pour flâner bien que gorgé de touristes et de locaux.



La nature est aux portes de la ville. Je décide donc de la gagner et embarque sur le ferry joignant le continent à l'île de Vancouver. Dans le hall d'attente j'échange avec un jeune québecois de Montréal qui vient de traverser le pays d'est en ouest le pouce levé car il avait « envie de voir l'océan pacifique avant la rentrée de septembre ». Il me décrit son périple rocambolesque. On parle également de Montréal et du quartier du Plateau « où se concentrent les français. Ils critiquent en permanence la France, ça donne pas envie de venir chez vous ». Tu m'étonnes. Finalement après une heure de traversée, je débarque à Nanaimo, seconde ville de l'île. Je récupère ma voiture de location (on est revenu sur un modèle plus standard). Je longe la côte dans un flux automobile important, puis après une trentaine de kilomètres je bifurque à gauche sur la route 4 qui plonge en direction du parc national de Pacific Rim. Mon camp de base sera Port Alberni, une grosse bourgade portuaire au cœur des terres, posée au bout d'une sorte de long fjord.

De l'autre coté de l'île après une heure et demie de route vallonnée on débouche sur le cœur touristique. Une bande routière de trente bornes relie deux villages : Ucluelet et Tofino. Pas de charme particulier, mais le quartier général de toutes les activités disponibles (surf, kayak, tour en hydravion, excursion aux baleines...). Entre les deux villages, un ensemble de forêts et de longues plages. Des plages brutes balayées par le vent qui ne s'offrent qu'aux surfeurs. Le sable tassé et humide n'arbore que des gravillons et du sel. Sous un ciel gris, les jeunes en combinaison tentent de dompter les vagues naissantes d'un océan pacifique vigoureux. 


Les jours suivants, je décide de sortir des sentiers battus, j'abandonne la route 4 pour des chemins de traverses. L'asphalte disparaît, je slalome entre les ornières sur des routes terreuses (je commence à regretter mon tank). Ces routes secondaires mènent à un Canada confidentiel fait de lacs de montagne, de belles forêts d'arbres gigantesques et de jolis ruisseaux aux cascades secrètes. Sur ces longues routes tortueuses et malgré le chaos de la poussière qu'on soulève on retrouve le calme d'un environnement désert. On croise à l'occasion quelques 4x4 chargés de canoës partis en expédition.



 



Après trois jours fantastiques au cœur du poumon vert de l'île, je rends la voiture à Nanaimo dans le but de descendre vers la capitale de l'île mais aussi de l’État : Victoria, 120 bornes au sud. J'aurais pu choisir de prendre mon bus « Macron » nord-américain préféré (Greyhound) mais j'ai préféré tenter le stop, sur un coup de tête. A peine deux minutes dans l'exercice que je suis pris par un homme à bord d'un pick-up. Gentiment il me dépose 40 bornes plus loin. A peine le temps de descendre et de déposer mon sac qu'une autre voiture s'arrête (45 secondes d'arrêt, ma chance). Me voilà en route pour Duncan, à 50 bornes de mon but final. On échange sur mon voyage et mon sentiment du Canada. Ma conductrice, écologiste avertie, semble très touchée par le retour ultra positif que je lui fais sur la qualité de la nature canadienne et le comportement de la population pour la préserver (entretien, recyclage, protection de la vie sauvage...). Elle m'avoue que pour une nation récente sans longue histoire, la nature c'est leur trésor national. A ces mots, je sens comme un complexe par rapport aux cultures européennes (monuments, courant intellectuel...). On traverse Duncan, qu'elle me présente comme le cœur de sédentarisation des populations autochtones de l'île. Puis elle me dépose à la sortie de la ville, à trois quart d'heure de Victoria. Et là, je redécouvre l'humilité. Le pouce levé, je vais rester deux heures à un carrefour sans succès. La seule voiture qui va s’arrêter c'est un homme qui souhaite passer un coup de fil. Il faut se rendre à l'évidence, mon expérience d'auto-stoppeur va s’arrêter là. Duncan étant ravitaillée par les corbeaux, je vais poireauter dans le centre commercial en attendant de prendre un bus de ma compagnie préférée en fin de journée.

Je ne profiterai donc des charmes de Victoria que le lendemain matin à l'aube. Victoria est le cœur de la colonisation britannique de cette partie du Canada (il n'y a qu'à voir le nom de l’État : Colombie Britannique). Au centre-ville, on retrouve une architecture européenne 18eme siècle. Au bord du port, entre les hôtels de luxe caractéristiques, les statues commémoratives, l'odeur de cheval laissée par les calèches et l'accent british typique de certains expatriés on se croirait revenu deux cents ans en arrière dans la campagne londonienne. Presque à en voir les voitures rouler à gauche.




Ce sera ma dernière vision du Canada. Une belle petite vingtaine de jours à partager les charmes de la nature avec une population chanceuse et très chaleureuse. Ma route passe maintenant par un ferry à destination de Seattle. Il est écrit que je ne rentrerai aux États Unis que par voie maritime. Le passage par l'immigration sera moins problématique que dans le New Jersey, mais restera tout de même sous un fond de suspicion. Après les questions réglementaires me voilà parti pour deux heures et demie de traversée en direction de la Rainy City.

Vidéo de mon séjour canadien

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vendredi 25 août 2017

By the Rocky Mountains

Il est temps de prendre la route pour Jasper et de commencer le retour de ma boucle. A l'aller j'avais emprunté la transcanadienne, l'autoroute qui traverse le pays d'est en ouest. Au nord de celle-ci le trafic est moins dense. Je fais la route parmi quelques pick-ups et camions transportant des troncs d'arbres. La route longe la voie ferrée. Ainsi, parfois, j'accompagne un train de marchandise chargé de ses containers (les mêmes que j'ai eu sous les yeux pendant quinze jours). Les wagons défilent, le train semble infini. Il file entre les sapins tel un serpent multicolore.

lac peyto

Jasper ressemble à s'en méprendre à sa voisine du sud, Banff. Même noyau villageois de chalets en pierre et bois regroupés autour d'une charmant centre commerçant, et les montagnes qui bordent l'ensemble. La canyon Maligne, les lacs Annette, Edith et Patricia, la rivière Muette. A proximité on trouve de très jolies endroits. Avec l'expérience, je sais dans quel sens et à quelle heure prendre les chemins pour profiter égoïstement de cette nature. Où que l'on marche, on se trouve toujours à proximité d'un ruisseau ou d'une rivière. Le glissement de l'eau apaise les oreilles, et lentement polit les galets et l'esprit.



L'avantage quand on a une grosse voiture c'est qu'on peut prendre des auto-stoppeurs. J'ai ainsi conduis deux tchèques (une frère et une sœur) au point de départ de leur randonnée de deux jours. L'occasion d'évoquer mes voyages antérieurs dans leurs pays et d'échanger notamment sur Žižkov (quartier populaire de Prague) et Blansko. A leur demande, je leur expliquais également que nous ne parlions pas le même français que les québecois. Ou que du moins nous n'avions pas exactement les mêmes expressions ni le même accent. Après avoir récupéré quelques tuyaux sur Vancouver, je les ai laissés, chargés comme des mules au pied de leur périple. Mes excursions, elles, sont plus proches des promenades du dimanche. Jasper aura été moins avare en présence animale que mes autres points de chutes. Outre, les dynamiques et peu farouches écureuils, j'ai eu la chance de croiser un wapiti, quelques biches et une mère élan prenant un bain avec sa progéniture. Seul l'ours ne semble pas vouloir daigner sortir de sa tanière.

wapiti canada



Sur mon circuit, j'ai gardé le meilleur pour la fin : la route des glaciers qui relie Jasper à Banff. Trois cent bornes en pleine nature à se faufiler entre les cimes canadiennes. Loin des lieux habités, l'eau ruisselle des glaciers. Les débits prennent de l'envergure. L'eau vire au blanc tumultueux. Ces cascades et rapides cours d'eau irriguent cette terre sauvage et pure. C'en est la vie. Au détour d'une cascade je suis tombé sur un texte anonyme qui résume bien l'idée. « LE BRUIT ET L'ECUME. Ici s'affrontent, dans le bruit et l'écume, les violentes eaux rugissantes et la terre tremblante. Les échos assourdissants de cette bataille sans fin étourdissent nos sens. »
A mi chemin, je me suis approché d'une des origines de ce tumulte : la fonte du glacier Althabasca. Ici, en hauteur, l'eau ruisselle gentiment. Mais plus bas, le filet d'eau devient torrent. Et enfin, de l'autre côté du versant, l'eau se fige à nouveau en une multitudes de lacs aux couleurs somptueuses.





J'ai conclus ma journée par les deux lacs présentés comme les plus emblématiques des rocheuses canadiennes : le lac Louise et le lac Moraine. Qui dit renommée dit foule. La route menant à ces deux joyaux prend parfois des allures d’arrivée d'une étape de montagne d'une course cycliste avec les voitures rangées sur les bas cotés (il y a d'ailleurs quelques courageux qui tentent de rallier les lacs à coup de pédales). Ma préférence se porte sur le lac Moraine et la belle profonde couleur de son bleu au pieds des montagnes enneigées. Le lac Louise n'en demeure pas moins somptueux. Je rajouterais le lac Emerald, que j'ai fait à l'aller, pour former un joli trio assez complémentaire.

lac moraine

lac louise

Aujourd'hui, journée de transition vers ma seconde partie canadienne : Vancouver et sa région. Je retourne à Calgary pour rendre le tank tout en pensant qu'en fin de journée je ferais le chemin inverse en bus. Oui, je vais dérouler le petit millier de bornes en bus. Et de nuit. Douze heures (onze en comptant ma neuvième heure offerte de décalage horaire). Cela me rappellera aux bons souvenirs de mes trajets au Pérou, en Bolivie et en Turquie (avec serveur en nœud papillon à bord) ainsi qu'à ma jeunesse à sillonner les stades de foot. Tout cela me laisse l'après midi à Calgary que je vais finalement pouvoir parcourir. Au cœur des buildings, une large rue piétonne dessert quelques commerces, bars et restaurants et s'achève sur un énorme centre commercial. Pas de grand monument pour cause d'histoire trop récente. La ville plantée au milieu du Canada par excellence. Rien d'extravagant au final.

calgary

calgary


Nous prenons la route en début de soirée. Les sommets enneigées se confondent avec les nuages, puis au crépuscule lentement les montagnes fusionnent avec le ciel. Et à mon tour je bascule dans le sommeil.


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dimanche 20 août 2017

Canada drive

Après cette semaine new-yorkaise, retour au New Jersey pour passer du port à l'aéroport. Je réalise que c'est le premier vol de mon périple. Toujours étrange de se dire qu'on est arrivé jusqu'ici qu'au contact de la terre et de l'eau. A présent direction le Canada et Calgary via une escale à Ottawa, la capitale du pays, à mi chemin entre Montréal et Toronto. Niveau de la langue c'est pareil, tout le monde maîtrise un parfait franglais. L'accueil qui m'a été fait, du débarquement jusqu'aux douanes en passant par l'immigration, était juste parfait. On se sent de suite à l'aise et le bienvenu. J'arrive finalement à Calgary en fin de journée après mon second vol et en ayant gagné deux heures de plus en décalage horaire.

Dans le bus menant de l'aéroport au centre, je découvre une ville assez étendue et pavillonnaire. Au loin on voit se dessiner les buildings du centre ville. Difficile de se faire une idée sur le niveau d'animation de l'ensemble. Je n'aurais pas le temps de juger. Je loge dans le campus universitaire que je rejoins en un coup de métro aérien. Une belle et grande université composée d'ensembles de bâtiments éparpillés dans un grand parc, l'image qu'on pourrait se faire d'une université au Canada. Mais je ne compte pas me sédentariser.

Le lendemain je récupère ma voiture (modèle XXL) au centre-ville puis mon matos de camping en cours de route. Paré pour une huitaine de jours de road trip à travers les rocheuses canadiennes. Premier constat, la taille de ma voiture est dans la norme (à faire passer une clio pour une voiture sans permis). Pour autant la vitesse est limité à 100km/h sur autoroute, 60km/h dans les parcs et 30km/h en ville. Ça tombe bien je ne suis pas pressé, je peux profiter du paysage qui s'offre à moi tout en me familiarisant avec la boite automatique et la caméra de recul (des trucs de feignant). Je connecte mon téléphone à la voiture, au programme la plus belle des bandes sonores pour ce voyage.

parc banff
parc banff

Des forêts, des lacs, des montagnes. Vert, bleu, gris. La nature canadienne se décline en une majestueuse monotonie. Par Calgary, Banff est la porte d'entrée des rocheuses. De l'autoroute, on ne voit pas le village, il est noyé dans la végétation. Une forêt habitée en somme. Propre et bien achalandé, Banff est un aimable assemblage de chalets en bois et pierres, le tout à l'ombre d'immenses pins et sapins. Un axe commerçant au centre, des rues pavillonnaires en suivant et un vaste camping sur les hauteurs. Le camp de base idéal pour profiter des innombrables activités et ballades disponibles.

rue banff


ecureuil

Je suis au camping donc. Jusque là l'expérience se résumait pour moi à des vacances en bord de plage dans un enchevêtrement de tentes habitées par des hordes de gens bruyants le tout agrémenté d'animations bas de gamme. Le camping à la Franck Dubosc. C'est également des épisodes dans des festivals musicaux : du bruit, de la pluie, de la boue, de la bière et pas beaucoup de sommeil. Une sorte de concours d'endurance. Mais là, on est entré dans une autre dimension. Au Canada, camper est un sport national. Les tentes sont gigantesques (la « 3 secondes » de Décathlon n'a pas droit de citer). Des assemblages minutieux de cordes, auvents, hamacs. Des fauteuils de compétitions. Des glacières à faire saliver Marcelo Bielsa. Du coup, j’essaie de faire bonne figure avec mon réchaud portatif face à l'armada de barbecues sur pattes.


Parc naturel oblige et cohabitation avec les ours et autre faune sauvage, les règles de vie sont strictes : pas de nourriture entreposée en dehors des voitures, tous les déchets immédiatement jetées dans des containers hermétiques. Le camping a beau être grand (mille emplacement environ) je suis en lisière. Après mon emplacement, c'est la vie sauvage. Heureusement, pour l'instant, les manifestations animales se résument à des courses d'écureuils entre les tentes. La journée on tourne autour des 20°, mais la nuit on frôle le 0°, heureusement je suis bien équipé.


parc banff lac

Le parc naturel de Banff est exceptionnel bien que légèrement encombré en ce mois estival. Les lacs s'enchaînent, rivalisant de beauté. Une vrai déclinaison de bleus : turquoise, azur, laiteux... et chacun arborant fièrement sa couronne de sapins. Les canoës glissent sur l'eau sous le regard des promeneurs qui arpentent les sous-bois. Sur la route menant au parc de Wells Gray, le paysage est moins sublime, il n'en demeure pas moins attrayant. Tout d'un coup, un panache de fumée se dégage de la colline face à moi. Un feu de forêt, je regarde en spectateur des hélicoptères tenter de le circonscrire en transvasant des sortes d'énormes seaux. Plus loin j'observe, ce que les flammes peuvent laisser derrière elles. Je traverse des champs de sapins calcinés. Ils se dressent, dénudés et noircis, sur des collines roussies. La journée s'achève par une étape à Revelstoke dans un camping plus familial, avec un emplacement sympathique en bord de lac. 

feu foret canada



Après avoir traversé Kamloops, porte Ouest des Rocheuses, le parc Wells Gray se rejoint en quittant l'axe principal et en empruntant une unique route en cul de sac d'une soixantaine de kilomètres. Moins de monde qu'aux alentours de Banff. Le site est moins accessible et de nombreux sentiers de randonnée sont fermés suite au risque de feu de forêt. Pourtant, ici aussi, les atouts ne manquent pas. Ce sont les cascades qui s'imposent. Notamment, celle de Helmcken : 141 mètres de chute dans un cratère en demi-lune. Une explosion d'écume dans des falaises coiffées de sapins. Un véritable joyau dans un écrin. 

helmcken falls

dawson falls

Au fur et à mesure que je déroule la route, je commence à habiter mon voyage. On est encore sur des sentiers battus, mais je commence à prendre mes marques. La route est longue, mais elle sera belle. 




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lundi 14 août 2017

New York, les écureuils et les pigeons

L'agent d'immigration est monté sur le bateau. Après un interrogatoire en règle il a tamponné mon passeport et m'a autorisé à poser le pied sur le sol américain. Au bas de la passerelle, nous attendait un chauffeur qui devait nous conduire au bureau de l'immigration pour finaliser notre entrée sur le territoire avec notamment la prise d'empreintes. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'entre lui et moi, ça ne l'a pas fait. Assez autoritaire dans sa démarche (« pose ton bagage ici, toi, le tien là »), j'ai eu le malheur d'ouvrir la portière sans sa permission. S'en est suivi une vive séance de remontrances où j'ai vite compris que je n'étais pas chez moi, et pas nécessairement le bienvenu. Nous sommes finalement montés à bord de la voiture. L'ambiance était glaciale, et ce n'était pas lié qu'à la climatisation. Le bureau d'immigration se trouve à Bayonne, sur un autre terminal portuaire, celui des croisières (on a pas idée d'arriver à l'étranger sur un bateau de marchandises). Nous avons donc roulé un bon moment, longeant des bâtiments industriels désaffectés, dans des rues défoncées et désertes. Le soleil couchant commençait à nous fuir. Des images non sans rappeler le cinéma de Scorsese. Ambiance. Finalement, une fois les formalités faites, nous avons été déposés dans Manhattan, après un trajet sur un mélange sonore de country et de musique classique. Mais Manhattan n'était pas ma destination finale. J'ai décidé de résider dans Brooklyn, et plus précisément à Bushwick, mais je vais y revenir.

central park

J'ai déjà eu la chance de passer une semaine à New York il y a une dizaine d'année, et trois jours plus récemment. J'ai eu plaisir à retrouver certains endroits. La quiétude de Central Park, où les glandeurs côtoient les sportifs. Les rues ombragées et animées d'East Village. Le plaisir de capter et sentir cette énergie. L'architecture improbable du Flat Iron. J'en ai également profité pour découvrir des lieux que je ne connaissais pas encore, comme la High Line, ancienne ligne ferrée aérienne, astucieusement transformée en une belle ballade verte qui slalome entre les buildings et survole les voitures. J'ai découvert le One World Trade Center achevé. Au pied du building, on retrouve le mémorial du 11 Septembre. Au cœur d'un jardin sobre, les deux anciens emplacements des Twin Towers sont matérialisés. Pour la mémoire, comme une cicatrice. Ces deux trous béants ont été aménagés en sortes de piscines sans fond. Sur tout leurs périmètres coule une cascade qui se vide dans un trou central comme des larmes intarissables. Le nom des victimes recouvrent tout le pourtour. Un bel espace de recueillement. Niveau histoire, j'ai également fait un saut à Ellis Island. La porte d'entrée de l'Amérique de la fin du 19éme siècle jusqu'à la moitié du 20éme siècle. Un beau musée assez instructif dans les bâtiments d'époques bien conservés.

hall ellis island

Parcourir la grande pomme fait inévitablement cheminer par d'autres lieux emblématiques, mais qui me touche moins. Moins qu'il y a dix ans en tout cas. Chinatown, Time Square, l'Empire State Building, le Rockefeller Center... Et puis en sortant de Central Park, en descendant la 5eme avenue, je suis passé devant la Trump Tower. La dernière fois, l'homme était un milliardaire excentrique, aujourd'hui il l'est toujours mais il est devenu en plus président de la première puissance mondiale et nous livre actuellement une guerre d'égo avec son équivalent nord-coréen. Frissons dans le dos. Je regarde les gens se prendre en photo en masse devant l'objet phallique. Je reprends ma marche un peu désappointé quand je tombe sur un homme remontant la rue dans l'autre sens et arborant un t- shirt blanc avec l'inscription « I Miss Obama » (Obama me manque). Une photo, une poignée de mains, un rapide échange et je repars. Et c'est maintenant avec le sourire que je regarde les bus déverser des flux de touristes asiatiques sur les trottoirs qui aussitôt s'agglutinent sur les vitrines en face.


Mais finalement, le New York que je veux vous raconter n'est pas celui de Manhattan. Je veux vous raconter celui de Brooklyn. Le voisin prolo. Pour parler de Brooklyn, je pourrais évoquer Dumbo au pieds du Brooklyn Bridge où on a une vue imprenable sur Manhattan et ses gratte-ciels. Je pourrais également aller tout au nord à Greenpoint pour décrire la vie animée et populaire qui s'y déroule et où on croise une petite communauté polonaise.


Pour parler de Brooklyn, j'aurais pu évoquer, tout au sud, Coney Island. Une anomalie, un lieu hors du temps. La plage à une heure de Manhattan. Un cadre démodé et vieillot mais qui garde son charme. Une longue et large promenade en bois longe la plage et borde le parc d'attraction de Luna Park et autres stands à hot dogs et confiseries. Les deux rues qui traversent le quartier ont des noms dans l'esprit: l'avenue du Surf et l'avenue des Sirènes. Tout un programme. Palavas les flots, le kitsch en plus. On y croise également le stade du NY Cosmos, ancienne équipe glorieuse de soccer (aujourd'hui en ligue mineure) où a évolué Pelé. Sur le ponton les badauds regardent des habitués en train de s'exercer à la pêche. Mon regard lui est dans l'autre direction, sur ces cargos posés à l'horizon. Instant nostalgie.


coney island

Pour parler de Brooklyn, j'aurais pu décrire Little Odessa, petite enclave russe. Sous le métro aérien, une rue continuellement ombragée dessert une multitude de magasins aux enseignes en cyrilliques. Chaque passage de métro fait un vacarme impossible qui ne semble pourtant pas perturber la population locale.

little odessa

Pour parler de Brooklyn, je pourrais parler de Williamsburg. Quartier branché qui fait face directement à Manhattan. Avec la pression immobilière, de jeunes new-yorkais imaginatifs et créatifs s'y sont installés et ont donné une autre vie à ces anciens entrepôts (lofts, bars, boutiques...). La visite y est agréable le long de Bedford Street et Berry Street. Au bord de l'East River, quelques espaces verts offrent de superbes vues sur les densités de Manhattan. Mais le soir (en tout cas celui où j'y étais et dans les lieux où j'étais), la mixité s'estompe, les bières coulent à flot, mais le charme de l'endroit s'évapore. Indiciblement, le capitalisme a rattrapé la fougue locale et semble avoir repris ses marques. Comme si la maladie de Manhattan avait franchi le pont. Mon Brooklyn est ailleurs.


Non, pour parler de Brooklyn, j'ai choisi de parler de Bushwick. Le quartier où j'ai séjourné. J'ai choisi de résider à Bushwick car c'est là que me paraissait se trouver une partie de l'énergie actuelle de la ville. L'énergie de ceux qui créent, qui s'approprient de nouveaux territoires, de nouveaux espaces. Et là également où résident les new-yorkais du quotidien. Ceux qui travaillent sur Manhattan mais logent de l'autre côté de l'East River. Dans le prolongement de Williamsburg donc, Bushwick est un vaste territoire métissé. La mixité tranche, elle est visible. Au supermarché du coin, chaque communauté à d'ailleurs son propre rayon avec ses propres produits. Il y a du riz partout mais jamais le même. Ah, La bouffe! Une catastrophe! Je vous épargne la description de ce qu'ils appellent fromage et charcuterie. Heureusement il reste quelques enseignes « organic » pour me sustenter. Organique en opposition à transformé, modifié, chimique...

graffiti bushwick
graffiti bushwick
graffiti bushwick

Le quartier est grand, six stations de la ligne L du métro le desservent. Au nord, autour des trois premières, on retrouve de nombreux entrepôts et ateliers. C'est naturellement là qu'on sent l'évolution en cours. On aperçoit une multitude de tags et graffitis qui recouvrent ces grands palissades et murs en tôle et briques. Et de ci de là, certains de ces espaces ont muté. Une population a décidé d'y apporter une nouvelle énergie, d'en faire un espace de vie, de création et de détente. En fin de journée, l'atmosphère y est très agréable. Au détour d'une rue, on voit se détacher l'Empire State Building en fond. Mais on est déjà loin. Ici, on respire.

rue bushwick
 
Moi, j'habite au sud du quartier, dans la partie résidentielle. Le long des avenues, on retrouve les commerces sans charme (laveries, fast food, coiffeurs, supérettes...) d'où partent, à angle droit, de longues rues où s'alignent de nombreuses habitations groupées. Un ou deux étages desservis par un petit escalier en pierre et un sous sol accessible par une trappe. A l’arrière de chaque habitation une minuscule cour privative. Un ensemble de petits blocs dans la plus pure tradition américaine. Et de temps à autre un petit parc (de l'herbe clairsemée et des bancs) toujours bondé. L'ensemble n'est pas propre, loin de là. Mais ce désordre n'est pas dérangeant. Les rues ne sont pas délabrées, on va dire qu'elles sont usées, qu'elles ont vécu. Car de la vie, il y en a tout le temps, partout. Des grosses voitures passent au ralenti, toutes vitres baissées, volume sonore à fond. Des anciens se regroupent autour d'un banc à l'ombre d'arbres faméliques. On observe des gens pressés qui ne laissent sur leur passage qu'une haleine de shit. Des gens qui prennent leur temps, à pied , à vélo. Des gens bien occupés qui trimballent tout un attirail. Des dégaines singulières. Des langues étrangères, de l'espagnol, du chinois, et d'autres que je ne peux identifier. J'observe ça du fronton de la maison le soir, assis sur les marches. Je contemple cette Amérique et son quotidien. Tout au sud, le quartier se termine par une vaste étendue verte. Le cimetière d'Evergreen. Les tombes se résument à de simples pierres tombales plantées dans l'herbe. Les patronymes gravés sur le minéral renvoient bien à la diversité observée chez les vivants.

evergreen bushwick
 
La ligne de métro structure ce quartier populaire. Elle est également très représentative de ses habitants. En fin de journée, on y accompagne ces travailleurs qui quittent Manhattan et rentrent chez eux. On observe leurs sacs de commissions estampillés « Trader Joe ». Vu la qualité des commerces de proximité, je peux comprendre le choix. Après une dure journée de labeur à servir dans un restaurant, faire l'entretien d'un immeuble de bureau ou travailler sur un chantier, les gars de Brooklyn rentrent chez eux avec leur stocks de « noisettes » comme des écureuils, alors que sur Manhattan il reste certains touristes qui ne consomment que ce qu'on leur donne, comme des pigeons. La comparaison peut être prétentieuse et quelque peut sévère, mais en observant dans Madison Square Park un écureuil manœuvrer une flopée de pigeons comme un chien de berger avec des moutons elle s'est imposée naturellement à moi. 


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